dimanche 10 février 2013

Un peuple où mariage et jalousie n'existent pas #GPA

Au Sud de la Chine, dans la province du Yunnan, vit un peuple étonnant. Les Mosuos, la tête dans l'Himalaya, les pieds dans le lac Lugu, ont conservé une tradition millénaire. Les Mosuos ne se marient pas. Les enfants nés d'une union sont élevés par la famille de la mère. Si la famille compte un homme, c'est lui qui élèvera les enfants de ses sœurs. 

"Une légende chinoise raconte comment le lac Lugu 泸沽湖 (Lúgū Hú), situé entre la frontière des provinces du Yunnan et du Sichuan, s'est formé.
La légende raconte que la déesse Gemu était un soir en compagnie de son amant. Ne voyant pas le temps passer, le couple s'endormit. Au petit matin, le soleil réveilla les deux amoureux. Surpris l'homme s'enfuit très vite car leur liaison était interdite le jour. Il ne put s'empêcher de se retourner en chemin pour regarder sa belle et fut immédiatement transformé en montagne.
La déesse se mit alors à pleurer toutes les larmes de son corps et c'est ainsi que se forma le lac Lugu. L'histoire raconte qu'avant de se transformer elle-même en montagne, elle jeta quelques perles qu'elle avait dans ses cheveux dans le lac. Chacune des perles se transforma en petite île. La déesse devint ensuite une montagne et la gardienne du lac." Plus de légendes, ici

Au moment où, en France, est voté le mariage pour tous et la question de la Gestation pour Autrui, posée, cet "anachronisme" résonne comme un son de cloche qui n'a rien à voir avec celui de l'église. Une particularité de ce peuple : le mot "Jalousie" n'existe pas dans leur langue.

Et puis, vous savez, certains disent que ce sont les enfants qui choisissent leurs parents, pas l'inverse... Nous, enfants, nous avons choisi nos parents, quels qu'ils soient, où qu'ils soient. Réfléchissez aux raisons qui vous ont fait choisir les vôtres, ceux qui vous ont conçu ou ceux qui vous ont élevé. 

dimanche 27 janvier 2013

La princesse, la poupée et le pingouin




Il était une fois une princesse- c’est comme ça qu’elle se faisait appeler, enfin, plus exactement c’est comme ça qu’elle s’habillait tout le temps et sa sœur, la poupée- enfin, qu’on se comprenne bien, sa sœur n’était pas une poupée… sa sœur se faisait appeler comme ça… enfin, plus exactement, les gens avaient tendance à l’appeler comme ça parce qu’elle ressemblait à une poupée, donc, il était une fois la princesse et sa sœur, la poupée, toutes les deux assises dans une barque au milieu d’une forêt de pins parasol. 


Elles jouaient ensemble et rigolaient bien. La poupée farceuse trempait sa main dans l’eau et éclaboussait sa sœur en riant. La princesse pour le coup ne riait pas ; elle regardait attentivement sa belle robe rose pour vérifier qu’elle n’était pas sale. Alors, pour rire à son tour, la princesse faisait tanguer la barque pour faire peur à sa sœur. Ca marchait assez bien : la princesse riait et la poupée criait. Et puis de nouveau, la poupée, une fois repris ses esprits, trempait encore sa main dans l’eau pour éclabousser sa sœur. Ce jeu aurait pu continuer longtemps mais la princesse en avait un peu marre d’être mouillée et la poupée en avait un peu marre d’avoir peur de tomber dans l’eau. Alors, elles s’arrêtèrent et regardèrent un peu autour d’elles. La barque avançait seule grâce aux courants gentils qui les emmenaient doucement vers un pays qu’elles ne connaissaient pas encore. L’air était doux, le soleil brillait à travers les arbres et de temps en temps, un poisson venait à la surface  de l’eau pour gober une mouche. C’était très rigolo ça !
Au moment où la barque sortait d’un méandre de la rivière, la poupée et la princesse virent au loin une drôle de barque se rapprocher. Elle était chargée de gros paquets et menaçait de verser dangereusement. Les eux sœurs ne voyaient pas comment cette barque avançait ni s’il y avait quelqu’un à bord. La barque se rapprochait. Elles virent alors des rames actionnées par quelqu’un qui soufflait et respirait  très fort : la barque semblait très lourde. La barque était maintenant toute proche et elles comprirent que les gros paquets étaient en fait des gros cadeaux. Au moment  de croiser la barque, elles virent que celui qui menait la barque était… un  pingouin .
-     Bonjour, fit le pingouin en ôtant son bonnet poliment
-     Bonjour, firent les deux sœurs en chœur. Ca a l’air d’être dur de ramer, pauvre pingouin.
-     Oui, effectivement, mais je suis habitué. Je fais ça toute l’année. Et puis au retour, ça va mieux. Comme vous le voyez, dans l’autre sens, le courant permet d’avancer sans ramer.
-     Et que faites-vous avec tous ces cadeaux ? demanda la princesse, un petit peu intéressée.
-     Et bien, je suis envoyé par le père Noël pour tous les cadeaux qu’il envoie en cours d’année pour tous les enfants à qui il est arrivé des choses pas marrantes. C’est une sorte de bonus. Mais comme il est très fatigué de sa livraison de décembre, il demande à des gens comme moi de livrer ses cadeaux bonus. Il y a aussi des sirènes, des dauphins ou des licornes qui se chargent de ça. Mais, au fait, que je vérifie. Est-ce que vous ne seriez pas sur ma liste ? Ce serait un hasard incroyable !
Le pingouin sortit de sa besace une longue liste écrite à la main.
-     Je lis ici « Princesse Lena » et »Poupée Eline ». Je trouve que toi tu ressembles drôlement à une princesse, et toi, drôlement à une poupée.
-     Ouiiii, c’est nous, firent les deux sœurs en chœur.
-     Alors, j’ai pour vous, deux gros cadeaux.
Le pingouin se retourna, fouilla dans les paquets et en sortit deux jolis cadeaux qu’il remit aux deux sœurs.
-     Merciii, firent poliment les deux sœurs en chœur.
-     Vous le méritez bien je crois. Allez, profitez-en bien. Et puis, vous savez, la vie vous réserve d’autres surprises encore, soyez-en sures ! Cette barque vous emmène doucement vers un beau pays ! Alors, je vous souhaite bon voyage et peut-être à bientôt.
Le pingouin reprit ses rames et repartit de plus belle pour livrer ses autres cadeaux.
La princesse et la poupée, sans attendre, ouvrirent leur cadeau. Et savez-vous ce qu’ils contenaient ? Une robe en tulle rose pour Lena et une poupée pour Eline, mais aussi, des crayons de couleur et accroché à chacun des cadeaux un petit carnet où il était inscrit « Voici le carnet de ta vie ». A l’intérieur, les feuilles du carnet étaient vierges. Alors, chacune  entreprit de faire un premier dessin pour commencer. La princesse dessina un pingouin et la poupée… aussi. C’était un beau début.

Derrière, un rocher, une sirène et un dauphin avaient observé  tout ce qui venait de se passer. Ils  suivirent la barque sans se montrer, protecteurs et attentifs.



samedi 19 janvier 2013

50.000

50.000 fois quelqu'un est venu lire, 50.000 clics, 50.000 parties de texte lues, 50.000 envies de pousser la porte, au détour des hasards, des recommandations, des labyrinthes perdus, par rebond, tout du long des chemins, au profond des réseaux, à la surface des couches de silicium, dans l'inconscient des hommes, dans un lien, grâce à un robot,  un moteur de recherche. Vous m'avez touché en venant si nombreux, ici, et même si vous n'avez lu que quelques mots, quelques lignes, vous m'avez honoré. Vraiment !

Alors le gagnant de tous est ... P'tit Bout, le p'tit loup avec près de 20.000 vues. Vous l'avez lu ? Non ? Alors il est là P'tit Bout
Le deuxième est le deuxième épisode du conte Le pélerin, le phasme, la cigogne, et les autres et vous pouvez le retrouver 

Et le troisième ? Le phasme, premier épisode du même conte et vous pouvez le retrouver ici
Et puis, j'en profite pour faire une petite promo d'un billet que j'aime bien ; un nouveau genre, un co-poème avec  . Il est 

Merci beaucoup de vos visites. Vous êtes toujours les bienvenus :)

mardi 11 décembre 2012

"Mieux accepter et utiliser notre intuition" Conférence à Montréal 9 avril 2013

"Mieux accepter et utiliser notre intuition" Invité pour une conférence aux Belles Soirées de l'Université de Montréal le 9 avril 2013. Très honoré ;) 

Le mardi 9 avril avec Yann Coirault
Notre intuition nous permet de savoir avant de savoir, elle nous fournit des indications, nous alerte, amplifie des signaux faibles. Elle nous donne l’occasion, si tant est que l’on soit à son écoute, d’explorer très vite, consciemment et inconsciemment, la voie à choisir. L’intuition, cette capacité que nous possédons tous, vient à notre secours dans de nombreuses situations. Comment mieux l’accepter et l’utiliser pour prendre les bonnes décisions quant aux changements que nous voulons entreprendre ?

Cette conférence interactive a pour objectif d’expérimenter ces nouvelles capacités intuitives que nous pouvons solliciter au quotidien pour prendre des décisions plus efficaces.Pour en savoir plus et vous inscrire

jeudi 6 décembre 2012

Intuition et coopération


Sources : Intuition et coopération. Integral Personnality
Source : David G. Rand, Joshua D. Greene & Martin A. Nowak, "Spontaneous giving and calculated greed", Nature, Vol. 489, N° 7416, 20 septembre 2012, p. 427-430.

dimanche 2 décembre 2012

Deuil (2)

Le marcheur n’avait pas encore trouvé de prothèse pour marcher avec ce fardeau. La lumière s’était éteinte et il avançait à tâtons dans un monde nouveau. Il ne voyait pas clair dans ce chemin nouveau. Qu’allait-il y faire ? Comment allait-il s’y prendre ? Allait-il s’épanouir comme le papillon défroissant ses ailes ? Probablement. Cela passerait par des chemins noueux, des bifurcations impossibles, des virages à rebours, des côtes épuisantes, des descentes vertigineuses. Après la culpabilité, que pouvait-il y avoir ? La capacité d’affronter le passé, les souvenirs, la volonté de s’exposer à la douleur du souvenir ; il le savait. Ces douleurs volontaires, un peu masochistes pour mieux se guérir, le marcheur savait que cela faisait partie du processus de convalescence. S’infliger de revivre, de repenser, de revoir, de se remémorer pour mieux revivre, mieux se retrouver, se réapprendre. Apprendre à relier ce passé à ce présent incompréhensible, par quelques fils ténus et acceptables. Continuer sur cette toile à reconstruire un pont entre les temps, patiemment, avec opiniâtreté, avec ténacité, entêtement, parce que sans toile, pas de passage, sans pont, point de salut. Pont de fils, pont de bois, souplesse et solidité mariées, l’arbre foudroyé repousserait, la sève, force de vie, alimenterait cette progression élémentaire, naturelle, vigoureuse. Pas dans la même direction, probablement. Sa croissance serait déviée. Vers un autre avenir, comme si la route était devenue impasse ; à continuer tout droit, le néant ne serait pas loin. La reconstruction patiente, humble et solitaire se ferait plus belle si les nouvelles pousses se nourrissaient des anciennes. Et le marcheur savait cela difficile. Rien ne se crée : tout se transforme ! La compréhension de ce qu’il avait appris et de ce qu’il apprendrait de cette bombe, injuste, soudaine, inexplicable tombée un jour dans ce jardin devenu cimetière, la compréhension et la conscience des modifications profondes, des mutations irréversibles, des transformations de ses valeurs, de son identité mais aussi de la découverte de ce qu’il était venu faire sur cette planète pouvaient devenir un carburant de vie nouvelle.
Jamais la blessure ne disparaîtra ; les traces de la blessure pourront un jour peut-être faire moins mal, s’adouciront un peu, s’arrondiront pour faire partie intégrante de la nouvelle silhouette, du nouvel arbre à nouveau en croissance.

Le plus grand voyage pour le nomade c’est la mort. Le marcheur se souvint d’une phrase qu’il avait lue :

« Le vrai nomade ne meurt pas pour garder une terre mais pour conserver le droit de la quitter » 
Jacques Attali- Chemins de sagesse Traité du labyrinthe

dimanche 18 novembre 2012

Deuil


Au creux de son être, le marcheur avait un trou béant qu’il ne pouvait combler, une perte irréparable, un gouffre sans fond, et ce que venait de lui dire le papillon résonnait en lui comme un glas éternel. Il n’avait pas encore trouvé ou laissé pousser les ailes qui lui permettraient un jour de s’envoler vers un nouvel avenir. A vrai dire, il ne savait pas s’il était encore en train de ramper ou si le destin lui avait coupé les ailes quand le couperet tomba. La foudre avait frappé son fils ; elle avait ravagé au passage une forêt entière, et au milieu de cette forêt, lui. Il se trouvait qu’il était perçu comme un  arbre solide. Alors, malgré  la foudre qui avait tué son fils et qui l’avait épargné, lui, il devait continuer bien sûr, il devait poursuivre sa route, continuer à pousser, ne pas se laisser pourrir, ne pas se laisser mourir. Il ne le souhaitait pas d’ailleurs. Il aurait donné trop de puissance à un accident de la vie semant la mort : les conséquences étaient déjà si lourdes qu’il ne devait pas en rajouter. Alors, il tenait bon, de manière un peu improbable, chancelant au moindre coup de vent, au moindre coup de cœur. Ses feuilles ne repoussaient pas, pas encore en tous cas. Il sentait bien la sève circuler et tenter de faire comme si de rien n’était. Lui sentait une incroyable force bloquée par la foudre qui avait laissé une plaie ouverte et douloureuse, mais la force ne suffisait pas à le faire revivre. Bien sûr quand on passait à côté de lui, on se disait qu’il avait du prendre un sacré coup mais pour autant il était encore là. Personne n’avait conscience du combat constant que cela représentait. Le marcheur était passé par des phases si troublantes, si empruntes d’émotions insoupçonnées, si incommensurables qu’il avait encore du mal à les décrire.
La stupéfaction avait été la première lame de fond, le séisme, le tsunami, la foudre, le ciel sur la tête : une impression d’écroulement, d’effondrement de ce qui l’entourait, une conscience presque réelle du risque de glissement comme au bord d’une coulée de neige qui s’échappait sous ses pieds. Ce moment gravé dans sa mémoire, avait les couleurs d’un film noir, le rythme ralenti lui permettait de se rappeler chaque seconde de ce qui s’était passé ce soir-là où il avait appris l’accident. Il s’était raccroché aux branches des arbres voisins en se concentrant sur l’instant présent : éviter le futur à tout prix, ne pas sombrer dans le souvenir tout de suite, instinct de survie pour surnager dans la tempête. Sans bouée de sauvetage, il s’était senti envahi par une vague immense. Il savait qu’il devait se protéger au risque de se noyer. Et sa protection fut son rôle de père pour ses autres enfants et celui de grand-père pour ses deux petites filles. Il se blinda pour assurer ce rôle : des broches dans le cœur et les os pour ne pas se désintégrer, une armure en mousse pour se protéger. Il ne pouvait pas pleurer tout le temps et quand il ne pleurait pas, il ne savait pas quoi faire d’autre que de ressembler à quelqu’un de normal : il sentait bien que ça ne marchait pas mais ne trouvait pas d’autre solution. Et cette armure de mousse, comme le cocon du papillon,  qui ne faisait que l’alourdir, l’empêchait d’avancer et à la moindre vague ne faisait que l’entraîner vers le fond. Sans avertissement, des vagues d’émotion l’envahissaient, l’engloutissaient, l’obligeant à faire des apnées pour ne pas suffoquer. Il resta longtemps entre deux eaux : assurant ses rôles comme il le pouvait, plongeant régulièrement, seul, au fond de l’abyme et remontant au gré d’un courant favorable ou à la force d’un coup de rein pour remonter à l’air libre. Comme un ludion, plongé dans un océan en folie, il se laissait aller à la force des courants. Et les courants qu’il sentait autour de lui transportaient avec eux des lames de tristesse collective. Ces lames le transperçaient, l’alourdissaient encore, comme s’il devait en plus porter tout cela pour les autres : il ne s’en sentait pas capable et à vrai dire, trouvait cela injuste. Il imaginait qu’il vivait ce que vivent tous les malades atteints de maladies incurables ou les personnes atteintes d’handicap : la double peine de le vivre soi-même et de voir la tristesse dans les yeux de ceux qui vous entourent reste si lourde à porter qu’elle peut rendre coupable.
La culpabilité fut un autre poids si pénible à accepter : le marcheur avait, et aurait encore pour de nombreuses années, des comptes à régler avec elle. Se sentir coupable de ne pas avoir fait suffisamment, se sentir coupable d’avoir fait ou de ne pas avoir fait, se sentir coupable d’être là, d’avoir été épargné, se sentir coupable de faire de la peine aux autres avec ce drame  sur le front tracé au marqueur indélébile. La culpabilité de rire, parce que ça ne se fait pas de rire quand on est en deuil,  la culpabilité de pleurer, parce qu’après tout, on va pas passer son temps à pleurer, la culpabilité de se mettre en colère contre ceux qui ne comprennent pas ce qu’on vit, la culpabilité tout le temps, quoi qu’on fasse. Le deuil passe ainsi par des claques énormes et solitaires : après la stupéfaction, la stupeur, la protection,  l’envahissement, l’engloutissement, et l’apnée, la culpabilité pourrit les racines et les plaies, la culpabilité, gangrène de la reconstruction, elle peut faire rompre les amarres, elle peut emporter le plus solide des êtres, le plus solide des projets, des rêves.
Le marcheur n’avait pas encore trouvé de prothèse pour marcher avec ce fardeau. La lumière s’était éteinte et il avançait à tâtons dans un monde nouveau. Il ne voyait pas clair dans ce chemin nouveau. Qu’allait-il y faire ? Comment allait-il s’y prendre ? Allait-il s’épanouir comme le papillon défroissant ses ailes ?